Pg. 24 The Representative, Leduc, Alberta, 15 mars 1978
Beaumont – une illustration historique
Par Barbara Willis
Ce qui suit est le premier volet d\’une série en [quatre] parties sur l\’histoire de Beaumont.
Les ressources utilisées proviennent du numéro du 17 juin 1942 de La Survivance, de l\’ouvrage History of the Catholic Church in Central Alberta et, surtout, des souvenirs des résidents de longue date de Beaumont.
Louise Goudreau a apporté une contribution précieuse en fournissant des notes tirées de son projet scolaire sur le village, et Mme Annette Gobeil a fourni une traduction fidèle des documents en français.
Il est essentiel de comprendre l\’influence puissante et omniprésente de l\’Église dans la création et la croissance de petites communautés telles que Beaumont. L\’Église était la raison même de l\’existence du village, car sans elle, le district serait peut-être resté un ensemble de fermes dispersées, sans véritable noyau communautaire. L\’Église apportait réconfort, assurance, force et espoir pour rester optimiste.
Outre son rôle de guide spirituel, le curé de la paroisse était très souvent le seul lien du village avec l\’alphabétisation et l\’éducation. Beaucoup de gens ne savaient ni lire ni écrire et le curé jouait un rôle précieux de liaison avec le monde extérieur.
Beaumont était l\’église et l\’église était Beaumont tant que les gens avaient besoin de la sécurité et de la protection offertes dans une lutte autrement féroce et acharnée pour se créer une vie à la frontière de l\’Ouest canadien.
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C\’était peut-être parce que les collines ondulantes, les petits lacs et la nature semblable à un parc leur rappelaient leurs provinces natales, l\’Ontario et le Québec. Quelles qu\’en soient les raisons, les premiers colons du district de Leduc ont choisi les régions de Beaumont et de Clearwater pour s\’installer dans l\’Ouest.
Avec l\’arrivée du chemin de fer, des familles du Québec, du Minnesota et du Dakota du Nord se sont installées dans ce qui est aujourd\’hui la région de Beaumont. Au tout début des années 1890, les familles Chartier, Dumont et Brunelle s\’installèrent dans le district, suivies peu après par les Bolduc, Morin, Juneau, Dubord, Lachapelle, Lambert, Fouquette, Onette, Gagnon, Charest, Royer, Goudreau et Bérubé. Au printemps 1893, la nouvelle colonie comptait plus de 20 familles. Le district était alors connu sous le nom de Sandy Lake.
Pendant de nombreuses années, la vie dans ces petites communautés tournait autour de l\’église. Les gens comptaient dans une large mesure sur le prêtre pour son leadership et ses conseils. La paroisse de Beaumont, située à 24 km au sud-est d\’Edmonton et à 16 km au nord de Leduc, ne bénéficiait d\’aucun des avantages susceptibles d\’attirer les colons, tels que les chemins de fer ou les mines de charbon. La communauté doit plutôt son existence à la fertilité de la terre et à l\’église construite peu après l\’arrivée des premiers colons.
Les terres destinées à la colonisation étaient vendues 10 dollars dans la région. La vie était dure pour ces premiers colons, qui disposaient de peu ou pas de commodités. Au début, la messe était célébrée par le père Perreault, de la mission de Stony Plain, dans des maisons privées, généralement chez Louis Chartier. En 1894, la communauté reçut la visite du père Lacombe, venu consoler et encourager les nouveaux arrivants sur ces terres.
À l\’automne 1893, le besoin d\’une école se fit sentir. Les francophones et les anglophones du district construisirent une école primaire catholique publique qu\’ils baptisèrent « Fouquette » au printemps 1894 sur le terrain de M. Johnson. La première enseignante fut Mlle J. Haydon.
Au printemps de la même année, la communauté a demandé à Mgr Grandin, évêque de St. Albert, de créer sa propre paroisse. L\’évêque a acheté dix acres de terrain appartenant à la Compagnie de la Baie d\’Hudson pour 50 $. Le père Lacombe a choisi l\’emplacement où serait construite l\’église. M. Chartier a fait don de 20 acres supplémentaires pour le terrain de l\’église. Ces 30 acres ont constitué la base du village de Beaumont.
À l\’automne 1894, le père Poitras fut envoyé par le père Grandin comme premier curé de la paroisse. Sa tâche immédiate était de construire l\’église et le presbytère.
La construction fut achevée au printemps 1895. En signe de gratitude, la paroisse choisit comme saint patron Saint-Vital, en l\’honneur du vénérable évêque de Saint-Albert, Monseigneur Vital Grandin.
Cependant, peu après, des difficultés sont apparues. Certains paroissiens souhaitaient changer l\’emplacement de l\’église, tandis que d\’autres voulaient qu\’elle reste telle qu\’elle avait été construite. L\’Église a décrété qu\’elle devait rester à son emplacement d\’origine. La première grand-messe a été célébrée dans la nouvelle église le 30 juin 1895.
À cette époque, la colonie changea de nom. Un groupe de colons anglais qui vivaient à proximité de l\’église souhaitaient conserver le nom de Sandy Lake, et leur demande fut acceptée. Mais pour commémorer l\’emplacement magnifique de la paroisse catholique sur la crête d\’une colline, le village fut baptisé Beaumont (qui signifie « belle colline »). Le nom de Beaumont aurait été suggéré par John Royer, l\’un des colons.
Une fois l\’église construite, les objets nécessaires au culte divin ont été installés. Une cloche pesant 800 livres a été apportée de Montréal pour 100 $. Le calice, les burettes, l\’encensoir et le linge d\’autel ont été fournis par Mgr Grandin. Il a organisé une collecte pour acheter les vêtements sacrés, les stations du chemin de croix, etc. Enfin, de nombreux paroissiens ont fait don d\’objets pour aider à la décoration du sanctuaire de l\’église.
En juillet 1885, une pétition a été envoyée au gouvernement pour demander un service postal hebdomadaire entre Edmonton et le district de Sandy Lake. Deux mois plus tard, M. Ludger Gagnon a été nommé maître de poste. Le courrier était acheminé à Ellerslie tous les vendredis, puis livré à Beaumont.
Au printemps 1886, le révérend père Beauparlant, de Montréal, est venu à Beaumont et a pris la direction de la paroisse. Il a vécu dans la résidence Chartier pendant la construction du presbytère, qui a pris presque tout l\’été. Le petit presbytère était construit en rondins taillés et ne mesurait que 20 pieds carrés.
Beaumont grandissait progressivement. En juin 1897, les habitants furent ravis d\’apprendre que leur service postal serait établi deux fois par semaine.
De nouveaux colons s\’installaient, mais certains retournaient également dans leur lieu d\’origine. La vie était pleine de difficultés. Il fallait défricher la terre, les récoltes étaient parfois maigres et les marchés pour les produits agricoles commençaient tout juste à s\’ouvrir, de sorte que l\’argent était très rare. Le père Beauparlant fut l\’un de ceux qui succombèrent à la dureté de la vie. Il quitta Beaumont en décembre 1897.
Comme le père Beauparlant était maître de poste, le bureau de poste fut alors transféré à la résidence d\’Edmond Bonin et Mme Bonin devint maîtresse de poste.
En septembre 1898, le père A. Ethier devint recteur de la paroisse. Il fut le premier prêtre à exercer une réelle influence sur la communauté. L\’année 1898 fut une bonne année pour les colons, tant sur le plan climatique et agricole que sur le plan spirituel, avec l\’arrivée du père Ethier, et sur le plan matériel, avec l\’augmentation de la population et des services. Les deux districts, Sandy Lake et Beaumont, comptaient désormais quelque 45 familles francophones et 30 familles anglophones. Les familles francophones possédaient au total environ 70 quarts de section de terres agricoles.
À l\’automne 1899, quelques bâtiments ont été construits près de l\’église. Ce fut le début du village tel qu\’on le connaît aujourd\’hui. M. J.E. Lavigne, qui avait ouvert un magasin dans sa maison en août 1898, a construit un magasin au nord-est de l\’église.
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Auparavant, Henry Lampon tenait un petit comptoir commercial à environ un kilomètre et demi de l\’emplacement final du village. L\’une des filles de M. Lavigne a ouvert une boutique près du magasin. M. Fred Long a ouvert une forge à proximité. M. François Vallée, à sa retraite, s\’est fait construire une maison dans le village. Ces bâtiments, ainsi que l\’église, le presbytère, le bureau de poste, le magasin et les maisons des Gagnon, Lavigne et Chartier, constituaient le village de Beaumont.
En 1899, un groupe de 38 agriculteurs a formé une société constituée en personne morale appelée Compagnie de Moulins de Beaumont, Limitée (Harvest Company of Beaumont Limited). À la fin du mois de septembre 1899, les nouvelles machines tournaient à plein régime et, après cinq semaines de travail, la coopérative affichait un bénéfice de 600 $.
C\’est ainsi que Beaumont est entré dans le XXe siècle, solidement établi en tant que communauté dotée d\’une base commerciale active et d\’une vie sociale et spirituelle centrée sur l\’église.
(À suivre)
